Raid Tunisie 2008 Deuche évasion fête cette année ses 10 ans de raids

04/10/2008
Port de Gênes
Les grandes aventures commencent souvent dans un port ou un aéroport. En l'occurence, ce sont 24 2cv qui se retrouvent en ce samedi à l'embarquement au port de Gênes en direction de Tunis. Les temps d'embarquement sont souvent longs et certains en profitent pour réparer les premiers avatars : une pression d'huile défaillante sur la voiture des marseillais causée par un filtre à huile colmaté.

Dimanche 05/10/2008
Le Carthage taille sa route dans une mer d'huile. Les équipages rejoignent leurs cabines. Certains passeront une bonne nuit bercés par las balancements du navire, d'autres une nuit moins sereine, occupés à siffler pour tenter de calmer les ardeurs de quelques ronfleurs impénitents. A 15h débarquement à Tunis et route vers Hammamet première étape de ce raid. Première bonne surprise, l'essence est à 1,3 DH ce qui fait 0,78 euros. Ce soir grand luxe dans un hôtel rempli de touristes étrangers en goguette majoritairement polonais et russes. Ce soir au repas la discussion s'engage inévitablement sur les mérites comparés du moteur de 602 cm3 de la 2cvet de celui de 652cm3 de la Visa, le premier ayant pour lui une robustesse légendaire, sa facilité à prendre les tours, son allumage traditionnel, le second se targuant d'un couple plus élevé, d'un allumage électronique intégral, source parfois de certains ennuis.
Lundi 06/10/08
Départ vers le sud et rendez vous est pris à " l'auberge de Tarzan ", lieu fort connu des baroudeurs et perdu au milieu de nulle part à 380 kms de Hammamet. Sur le bord de la route les petits restaurants se succèdent et proposent côtelettes d'agneau et frites maison à des prix modiques. 15h Nous approchons de Gabès et les vendeurs d'essence le long des routes font leur apparition nous rappelant que la Libye et son essence pas chère ne sont pas loin. Lors d'un arrêt, Jean Claude nous signale que son embrayage patine. Un coup d'œil à la boite à vitesse, et celle ci nous parait anormalement propre et exempte de toute trace d'huile qui en général sont le lot quotidien de la plupart des 2cv. Nous suspectons la mise à l'air libre de sa boite à vitesse prolongée par un tube plastique. Nous supprimons ce tube et repartons, mais quelques kms plus loin le phénomène s'aggrave. Nous tentons alors un remède bien connu de tous les baroudeurs : nettoyer le disque d'embrayage en le noyant de Coca Cola ! Hélas, deux bouteilles de Coca cola plus tard, l'embrayage patine toujours, et il nous apparaît que la seule solution est de démonter le moteur pour accéder à l'embrayage. Le bivouac n'étant qu'a 40 kms, nous retrouvons au début de la piste un 4x4 d'assistance qui se chargera de remorquer la 2cv au bivouac.
17 h nous sommes au café Tarzan et les équipages qui arrivent ouvrent leurs capots. Etape facile pourtant, mais déjà un embiellage hors service suite à une hélice de ventilateur desserrée, un cul de boite percé suite à un problème de roulement desserré sur la voiture de Mandine. Quant à la voiture de Jean Claude, l'autopsie montre que si l'embrayage patinait, cela ne provenait pas d'huile dans l'embrayage, mais d'un problème de butée.
Mardi 07/10/08
Le départ de la première épreuve de régularité sera donné à 9 h annonce l'organisateur. Il s'agit de parcourir 90 kms de pistes en un temps de 2h à l'aide d'un roadbook sur lequel ne figure aucun point GPS, mais seulement des indications de cap. Le challenge ne semble pas irréalisable, mais quelques kms après le départ, un banc de sable remet tout le monde à égalité. Plantage général, on sort les pelles, les plaques de désensablage, on pousse et la troupe repart et ce sont 20 mn de perdues. Ce sont ensuite des successions de pistes, des égarements et un CP (Contrôle de passage ) passé à l'envers ! La piste est ensuite dure avec de nombreux passages d'oued. Les crevaisons commencent, Carlos et C. Komaniecki en font les frais, le démarreur de Mandine fait des siennes et nous perdons Popof et son copilote polonais. Après quelques heures d'errance, nous sommes surpris de trouver l'arrivée dans un endroit non prévu dans le Road book. Nous ne connaîtrons le classement qu'au bivouac de ce soir. 16h. Le bivouac s'installe, inspection des voitures et séance de réparation de pneus. Le réservoir à eau inox installé dans la voiture de Jean Claude, s'est fissuré et toute l'eau est partie sur la piste. La réserve d'huile moteur de Michel s'est renversée dans la voiture, la malle arrière de notre 2cv s'est ouverte, et nous avons perdu la pharmacie, Jackie, en regonflant ses roues à oublié son manomètre servant à contrôler la pression des pneus, sur l'aile de sa 2cv. Petite inspection du carburateur de notre 2cv, car depuis ce matin le premier corps du carburateur ne fonctionne plus, pour cause de gicleur bouché. Toutes les 2cv ne sont pas là et nous apprenons qu'une 2cv est en remorque : embrayage cassé.
Le bivouac de ce soir se situe à 20 kms à l'ouest de Foum Tataouine au pied d'une citadelle abandonnée juchée sur la montagne.
Mercredi 08/10/08
9h du matin, le traditionnel briefing à ne pas manquer : l'organisateur donne les consignes pour la journée et le classement de la veille. L'équipage marseillais occupe la 1° place et nous sommes 7°. Aujourd'hui le parcours sera seulement de 30 kms et le départ sera donné à 1àh en fonction du classement de la veille. 10h12. Nous nous élançons à notre tour. Tout va mieux à bord, plus de problème de carburateur, le roadbok parait moins énigmatique et le tripmaster à livré ses secrets. Les kilomètres défilent, nous rattrapons les deux concurrents partis avant nous, et déjà l'arrivée. Bien que s'agissant d'une épreuve de régularité, nous réalisons neammoins le meilleur temps. Nous partons ensuite en direction de Tataouine ou Koma en profite pour ressouder son pot d'échappement. L'essence de contrebande libyenne est ici en vente libre à 0,8 DH le litre soit 0,48 euro le litre. On croit rêver. Nous avons quelques inquiétudes concernant la qualité de cette essence, mais le brave moteur de la 2cv ingurgite sans problème cette peu onéreuse avoine libyenne. Les plaisanteries vont bon train sur l'origine de la panne de la voiture à Popof. Croyant bien faire, celui ci avait entouré les fils de bougies et les bougies d'une gaine plastique, qui en fondant sous l'effet de la chaleur rendait les bougies inopérantes. Vers 15h nous partons en direction de Remada et pratiquement aucun touriste dans ce secteur. De ce fait les prix nous réservent une agréable surprise : 5DH (3 euros) pour un repas et 0,03 euro pour un café. Il fait chaud et nous faisons les pleins ( 80 litres d'essence et 30 litres d'eau ) car nous abordons le Grand Sud Tunisien. Nous nous regroupons à Kambou pour un contrôle par l'armée et la police qui doivent veiller sur notre sécurite.
Jeudi 09/10/08
Surprise au réveil : le campement est noyé dans la brume au grand dam de tous ceux qui ont dormi à la belle étoile. Ce matin pas de farniente, on plie les tentes mouillées et direction 30 kms vers le sud ou sera donné le départ de l'épreuve de ce jour. Les cachets d'Imodium commencent à circuler dans le camp et petite intervention du médecin pour panser le mollet d'un concurrent blessé par une sangle lors d'un remorquage. Pas de problèmes tout au long des 46 kms du parcours. Nous doublons deux voitures et franchissons sans encombre la ligne d'arrivée qui se trouve prés d'une providentielle source d'eau chaude. Quelques soucis dans cette étape pour Popof retardé par une crevaison et une rupture de tirant de suspension a changer au bord de la piste. Après la bénéfique toilette nous partons pour le point GPS où se trouve le bivouac. Le vent est fort et en fin d'après midi l'orage menace le campement. Ali l'accompagnateur connaissant la soudaineté des orages fait par prudence évacuer toutes les tentes qui s'étaient installées dans l'oued. Quelques dunettes, font leur apparition. Nous sommes à 60 kms à l'est de El Borma et demain la journée promet d'être difficile.


Vendredi 10/10/08


Le vent a soufflé toute la nuit et au matin surpris l'intérieur de la tente est recouvert d'une pellicule de sable.
Aujourd'hui une partie de l'itinéraire se passe hors piste, dans un paysage de dunettes. Cinq points GPS notés sur le roadbook, devraient permettre de ne pas trop s'égarer dans les 75 kms que nous avons à parcourir. Journée a errer en convoi et pratiquement 7 heures de conduite pour couvrir les 75kms prévus.
Samedi 11/10/08
Ce matin au petit déjeuner on nous annonce que la journée sera difficile. Le départ aura lieu à 30 kms du bivouac et dés le départ nous côtoyons les impressionnantes dunes du grand Erg oriental. A 10h peu de voitures ont rejoint la ligne de départ. La plupart auront beaucoup de mal à trouver la piste dans un dédale de dunettes. le départ est enfin donné à 11h pour une arrivée située à 65kms, sans points GPS ni guère de points caractéristiques. Les premiers du classement s'élancent sans aucune précaution pour la mécanique, dans un véritable jeu de saute-dunettes. Le leader, un équipage belge, à décidé de sortir le grand jeu, mais hélas, un atterrissage sur le nez et voila les supports moteurs arrachés, les fils d'allumage sectionnés. Réparation de fortune effectuée, les voila repartis, mais la caisse a travaillé et la porte du chauffeur ne peut se fermer. Tout en roulant le pilote enlève sa chaussure, la passe à son copilote, pour qu'il enlève le lacet qui va ainsi permettre d'attacher la porte récalcitrante. Après avoir enlevé le lacet, le copilote jugeant la chaussure inutile, la jette à l'arrière de la 2cv au milieu d'un beau désordre dans les bagages causé par les sauts de la 2cv. Mais hélas, tout en ayant attaché sa porte en roulant, notre pilote se rend compte qu'il ne peut conduire sans sa chaussure. Les voila obligés de s'arrêter et de se précipiter dans la malle arrière à la recherche de la chaussure vagabonde ! Pour nous hormis trois ou quatre ensablements nous poursuivons notre chemin. Une fois de plus, nous sommes obligés de quitter la piste complètement ensablée, et nous voila parti en hors piste. Hélas au bout de quelques minutes, il nous est impossible de retrouver la piste. Nous sommes à environ 12 kms de l'arrivée et nous voila réduit comme le juif errant à tourner en rond dans ce dédale de dunettes. Nous tournons en rond au sens propre, puisque notre trace sur le GPS nous indique cela et tout heureux nous retrouvons des traces qui sont en fait les nôtres ! Complètement perdus et sachant que nous ne trouverons jamais l'arrivée, car seule la piste peut nous y conduire, nous appliquons un principe bien simple : Revenir sur ses pas jusqu'au dernier point connu. Effectivement après 3kms nous retrouvons la piste et quelques minutes après l'arrivée. Le soir au campement, c'est la grosse débandade. La nuit tombe et huit voitures manquent à l'appel. On apprend par la radio que trois voitures sont en remorque, et que cinq voitures sont perdues. Pour eux ce sera à huit heures précises le tir des fusées de détresse, pour se faire repérer et ensuite un bivouac improvisé au milieu du désert tunisien. Nous sommes à Ksar Ghilane et sa source d'eau chaude ou nous nous baignons à loisir. Nous rencontrons quelques touristes venus ici en 4x4, motos ou quad et tout étonnés de trouver des 2cv en un tel lieu. Le soir repas fort peu animé, car une vingtaine de personnes manquent à l'appel et devrons sûrement se contenter de la traditionnelle boite de sardines.
Dimanche 12/10/08
Retour au matin des naufragés de la veille. Popof arrive en remorque, ouvre la malle de la 2cv et en sort pèle mêle, un pot d'échappement, un ressort de suspension, un tirant cassé et on découvre un trou fait par un caillou dans l'aile intérieure arrière de la taille d'un poing ! Carlos en panne de moteur suite à une rupture d'un culbuteur un peu allégé faut t'il l'avouer. Séance tenante, le moteur est démonté et on en profite pour changer les segments de son moteur de Visa. Heureusement, l'hôtel dans la palmeraie est équipé d'un puissant groupe électrogène et à l'aide d'un poste à souder, la 2cv de Popof sera remise en état.

Lundi 13/10/08
Réveil à 6h30. Le lieu de bivouac est infesté de scorpions, et pendant le repas le pilote marseillais qui marchait pieds nus, se fait piquer heureusement sans trop de gravité. Lors du démontage des tentes la plus grande précaution s'impose, car effectivement on trouve des scorpions sous quasiment toutes les tentes. La journée commence bien, avec comme prologue le franchissement en montée de la passe d'El Biben. passage obligé pour continuer notre route. Comme la difficulté est de taille, tous les co-pilotes, munis de rampes de désensablage, vont à pied faire un chemin de plaques et pousser les 2cv qui vont s'élancer à tour de rôle pour franchir la difficulté. Au bout d'une heure, la difficulté est vaincue et le convoi reprend sa route. Quelques inquiétudes toutefois : le voyant de pression d'huile de la 2cv de Carlos dont les segments ont été changés ce matin commence à clignoter, notre voiture aussi a souffert et indice bien connu, le volant de direction est devenu difficile à tourner. Un coup d'œil sous la voiture, pour nous apercevoir que le châssis pourtant renforcé a commencer a se plier. Les ennuis continuent pour Popof : Au moment de s'élancer pour franchir la passe, son voyant d'huile moteur s'allume. Diagnostic, le tube de graissage des culasses est coupé. Seule solution, le remplacer. la solidarité jouant, un concurrent sort la précieuse pièce de sa boite à outils, le changement est effectué en quelques minutes, mais hasard ou acharnement de la malchance, le moteur refuse obstinément de démarrer. Il semblerait que son allumage électronique n'a pas apprécié une malencontreuse inversion des cosses de la batterie. Et pour Popof, une fois de plus ce sera le 4x4 et sa sangle pour franchir la passe. Pour Carlos aussi cela va se gâter : le moteur marche bien, mais fume un peu, et soudain sa voiture se couche sur le coté. Le tirant de suspension s'est cassé et le ressort de suspension s'en va rouler sur la piste. Après avoir pu récupérer son ressort dans le sable, il ne restera plus à notre ami Carlos que de changer son tirant pour continuer sa route. La voiture de Popof est dépannée en troquant son moteur de visa défaillant contre un moteur 602 cm3 extrait d'un 4x4 de l'assistance. Coup de chance, à la mise en marche du moteur, on se rend compte au ralenti d'un balourd énorme causé par la présence de sable dans l'hélice du ventilateur. Un tel balourd peut entraîner rapidement la destruction de l'embiellage. Peut être la rupture du tube de graissage des culasses est elle imputable à ce problème. Seule solution, boucher ce trou à l'aide de ruban adhésif. A 15h malgré notre direction récalcitrante, nous attaquons l'épreuve de ce jour. Après quelques kms nous rattrapons deux voitures, et dans la poussière nous manquons la piste que nous devions prendre à droite. Quelques kms plus loin conscient de notre erreur, nous faisons demi-tour. Soudain le bruit d'échappement va crescendo. Nous venons sûrement de perdre une partie de notre échappement. Au même moment, les vitesses deviennent impossible a passer, les vitesses craquent à faire frémir un arracheur de dents. Nous nous arrêtons pour constater que le morceau d'échappement est venu se coincer dans la cloche d'embrayage. L'ayant ôté, nous pensons que nos problèmes de boite à vitesse seront résolus mais hélas. Nous retrouvons la bonne piste et doublons illico trois voitures, malgré le châssis qui frotte de plus en plus souvent sur les cailloux de la piste. Nous sommes à 10 kms de l'arrivée et soudain pour une cause inconnue le tripmaster ( compteur destiné a mesurer la distance parcourue avec précision ) cesse de fonctionner. Il ne nous reste plus qu'a naviguer à l'estime et malgré tout quelques kms plus loin, nous franchissons enfin la ligne d'arrivée.

Mardi 14/10/08
Nous sommes à l'hôtel a Douz, ville sympathique et fort animée. Pas le temps de faire du tourisme, et aussitôt levés nous nous mettons en quête d'un soudeur capable de rafistoler notre pot d'échappement. Nous en profitons pour changer la support de boite à vitesse, complètement détruit car l'arrière de la boite à vitesse est venue déformer la caisse de la 2cv. Nous faisons le plein d'eau et d'essence et route vers le Chott El Jerid ou sera donné à 14h le départ de l'épreuve de ce jour. Nous avons juste le temps avant le départ de changer le câble d'embrayage que nous soupçonnons d'être la cause de nos problèmes de boite à vitesse, mais malgré cela les vitesses passent toujours avec des craquements inquiétants. L'épreuve de ce jour ne faisant que 19 kms nous décidons que dès l'arrivée nous démonterons le moteur pour aller inspecter la fourchette d'embrayage que nous suspectons d'être tordue. N'ayant pu dépanner le tripmaster nous en sommes réduit à utiliser le GPS comme totalisateur partiel , solution éminemment moins pratique. Quelques kms avant l'arrivée la soudure effectuée sur le pot d'échappement lâche et le bruit est tel qu'il est quasiment impossible de parler dans la voiture. L'arrivée est fort judicieusement située prés d'une source d'eau et d'un bouquet d'arbres ou stationne un détachement de l'armée tunisienne. Les voitures ont déjà beaucoup soufferts et cette dernière épreuve en a achevé certaines. Traverse avant de direction pliée pour la 2cv 4x4 qui va devoir dorénavant emprunter la route. Le moteur démonté, nous constatons que la fourchette d'embrayage n'est pas tordue. Le problème vient bien de ce que nous savions déjà : les embrayages a diaphragme se remplissent de sable qui en se centrifugeant vient bloquer le déplacement du plateau du mécanisme d'embrayage. la solution est d'utiliser des embrayages à linguets beaucoup moins sensibles à ce phénomène. Nous profitons de cette séance de mécanique pour redresser à grands coups de marteau, notre châssis et celui de Michel qui a également souffert.
Mercredi 15/10/08
La liste des dégâts s'allonge : pivots de direction cassés, crépine d'essence coupée et qui tombe dans le réservoir, le nouveau moteur de Popof a rendu l'âme à la première dune, embiellage cassé. Ce matin pas d'épreuve, et nous prenons la piste qui doit nous amener à retrouver le bitume. Nous quittons le bivouac et soudain les roues avant se bloquent ??? Nous avons calé, nous redémarrons, le pilote se bagarre un peu avec le levier de vitesse et tout semble être revenu en ordre. Quelques kms plus loin, nous devons franchir une dune, où plusieurs 2cv sont déjà plantées. Nous prenons de l'élan, un coup d'accélérateur et soudain le moteur s'emballe comme si une vitesse avait sauté. Le pilote tente de re enclancher la vitesse, mais rien n'y fait, nous sommes arrêtés, le moteur ronfle de rage, et phénomène plus inquiétant, nous nous rendons compte que le compteur de vitesse réagit aux coups d'accélérateur alors que nous sommes arrêtés. Le diagnostic est immédiat : rupture du différentiel. Pour nous c'est terminé pour aujourd'hui et nous attendrons le 4x4 d'assistance qui nous remorquera sur 140 kms pour rejoindre le campement de ce soir. Dés l'arrivée au bivouac, il faut démonter et réparer la boite à vitesse. Il semblerait plus facile de remplacer la boite à vitesse, d'autant plus qu'une boite à vitesse se trouve dans un 4x4 d'assistance. Mais hélas, il s'agit d'une boite a vitesse de 2cv non pourvue des capteurs d'allumage indispensables pour faire fonctionner notre moteur de Visa. L'autopsie de la boite est édifiant : synchro de 2° et 3° explosés, et axe des satellites du différentiel satellisé !! Par chance un différentiel est disponible dans une caisse de l'assistance, et une boite à vitesse malade et déjà démontée fera don de ses synchros pour redonner vie à notre boite à vitesse. Quatre heures plus tard, la boite est remontée dans la 2cv et un petit galop d'essai autour du camp apporte la preuve que tout est de nouveau en ordre . Bravo messieurs les mécaniciens. Pour Popof nous apprenons que son moteur a explosé son accélérateur étant resté coincé par le sable. Pour Popof le problème se complique : le seul moteur disponible a l'assistance est un moteur de Visa, c'est à dire nécessitant la présence de capteurs sur la boite à vitesse. Or la 2cv de Popof est équipée d'une boite a vitesse de 2cv. Casse tête chinois et la seule solution qui s'imposera sera de changer purement et simplement l'embiellage car par chance il en reste un dans le 4x4 d'assistance. . La nuit tombe et les problèmes ne sont pas tous résolus : Un concurrent connaît des problèmes électriques sérieux et a déjà grillé trois allumages électronique et un régulateur de tension. Ce soir c'est le dernier bivouac dans le Chott el Jerid et demain nous avons 480kms de route pour l'étape d'Hammamet. Traditionnellement la dernière soirée de raid est l'occasion de tirer quelques fusées de détresse dont les dates d'utilisation sont périmées. Spectacle insolite de cette planitude éclairée de rouge, alors qu'au loin on devine la civilisation et les lumières de la ville de Nafta.
Jeudi 16/10/08
Fini la piste. C'est désormais le goudron des routes tunisiennes ou les enfants saluent de la main ce convoi de voitures multicolores. Chemin du retour ponctué par des arrêts réguliers destinés à remettre de l'huile moteur dans les moteurs ayant ingurgités du sable. La police tunisienne nous suit à la trace et dans tous les carrefours ou officie un policier, nous auront une priorité de passage sue les autres voitures. La consommation du moteur de Carlos avoisine 1l tous les 30kms, il en est de même pour celui de Popof avec en prime une fuite au manocontact d'huile. A 200 kms d'Hammamet, souci pour la voiture de Jean Claude / impossible de redémarre le moteur après un arrêt. Comme il s'agit d'un moteur de Visa, on commence bien sur par changer les capteurs. Pas de résultat. On change ensuite le module d 'allumage : Pas de résultat non plus. Puis finalement on change la bobine(adaptée d'une Fiat Punto et voila le moteur qui repart.
Vendredi 17/10/08
Averse de pluie sur Hammamet qui ajoute un peu de mélancolie à ce retour vers la France. Le moteur de la voiture à Carlos est décidément à bout de souffle, et c'est en remorque qu'il rejoindra le ferry à Tunis.
Samedi 18/10/08
Petit répit pour les mécaniques le temps de la traversée de Tunis à Gênes. Il serait fort judicieux d'utiliser ce temps mort pour remettre en forme les moteurs de Carlos et de Popof. Une autorisation exceptionnelle leur est accordée d'accéder à la cale du ferry et c'est donc à fond de cale sous l'œil ébahi des mécaniciens du bord que les segments seront changés sur les deux moteurs. Sur l'autoroute du retour entre Gênes et Nice, si tout commence bien pour les moteurs de Popof et Carlos, par contre arrêt tous les 70 kms pour vérifier le niveau d'huile de la voiture à Jean Claude ainsi que celle de Michel. Seule la voiture de jean marie semble avoir échappée à cette boulimie d'huile moteur. Le sable se retrouve partout et Michel est tout étonné de trouver son filtre à essence partiellement rempli de sable, pénétrant sûrement dans le réservoir par la mise à l'air libre du réservoir. Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines : le moteur de carlos peine de plus en plus à avancer et c'est en plein milieu d'un tunnel juste aprés la frontière qu'il décida de cracher ses bielles dans un bel canto du plus bel effet. Seule solution pour tirer Carlos de ce mauvais pas, le pousser avec une autre 2cv et c'est Koma qui joua les pousseurs jusqu'a la prochaine aire de repos, où il ne resta plus à Carlos que de venir récupérer sa 2cv avec un porte voiture. Quant à Popof les malheurs continuèrent jusqu'au bout, avec une panne d'essence sur l'autoroute et cerise sur le gâteau, le moteur qui finit par rendre l'âme à 1h du matin sur l'autoroute à 50 s du but. Une des conclusions de ce raid et que l'on savait déjà : c'est qu'une 2cv de série avec un minimum de préparation et principalement des renforts chassis, est une extraordinaire voiture capable d'évoluer dans des conditions ou quasiment aucune autre voiture deux roues motrices de série n'oserait s'aventurer.
L'autre conclusion connue aussi, concerne les allumages électroniques : Le moteur de Visa avec son allumage électronique intégral équipe de nombreuses 2cv. Si le module lui-même fait preuve d'une extrême fiabilité, il n'en est pas de même des capteurs, et il est prudent ( voire obligatoire ) d'en avoir quelques-uns uns dans sa malle. Pour des raisons de fiabilité, certains moteur de Visa reçoivent suite à une transformation du carter en bout d'arbre à came , un allumage classique de 2cv. Les autres allumages électroniques ont aussi leurs qualités mais aussi leur défaut : aucun ne présente une fiabilité absolue surtout dans des conditions difficiles : chaleur, vibrations, surtensions, inversion de polarité etc.. et sage précaution en cas de panne et quelque soit l'allumage électronique utilisé, il est plus que prudent de prévoir de pouvoir remonter en dernier cas, l'allumage classique de la 2cv qui s'il n'est pas le plus performant saura toujours vous ramener à bon port.

H.Lenguin Oct. 2008