Raid en Croatie Bosnie Herzégovine (août 2002)

" Le vrai voyageur ne sait pas où il va "

Aprés avoir remis en forme ma vaillante 2cv certes un peu fatiguée du précédent Raid à Tamanrasset ( Echange complet du train arrière) où donc passer trois semaines de congés en connaissant à moindre frais et le plus prés possible le frisson de l'aventure ? Pourquoi pas un périple sur la cote Adriatique de l'ancienne Yougoslavie ? Et puis excellente occasion pour se rendre compte par soi même des terribles événements qui se sont déroulés dans ce pays il y a quelques années. D'autant plus qu'en 1995 en me rendant à la rencontre mondiale des amis de la 2cv qui se déroulait en Slovénie, j'avais dans ma 2cv amené prés de 50 Kg de produits de toilette destinés aux réfugiés bosniaque. La route pour se rendre en Croatie depuis Toulouse passe par les Alpes, avec un magnifique bivouac dans le col du Mont Genebre et puis d'une seule traite, traversée monotone du Nord de l'Italie sur un autoroute envahi de camions et bordé de champs de mais et de poteaux électriques .
Première nuit dans la 2cv à Venise sur le parking du Tronchetto réservé en principe aux camping cars ( On y trouve des robinets d'eau).Longue et courte nuit à la fois , car la chaleur est étouffante prés de la lagune et les moustiques du coin néont pas failli à leur réputation. Cinq heures du matin nous levons le camp direction la Slovénie toute proche. La frontière se passe rapidement et je re découvre la Slovénie, un pays trés propre qui fait penser à la Suisse. Petit détail : les champs et prés ne sont pas clôturés en Slovénie, ce qui permet le soir venu de quitter la route pour trouver au fond d'un champ un bois qui hébergera la 2cv et ses occupants pour la nuit. Il est certain que pour pouvoir réaliser des raids au long cours, il est indispensable de pouvoir dormir dans la 2cv. Une rallonge de malle en polyester permet de bénéficier d'un couchage de 1,80m x 1,20m : le luxe. Plus d'angoisse de trouver un terrain pour planter la tente, et qu'il pleuve ou qu'il vente on est toujours à l'abri. On peut ainsi rouler une bonne partie de la nuit et s'arrêter pour dormir ààpeu prés n'importe où dans l'incognito le plus total, y compris parfois dans le centre ville de quelques capitales européennes (Berlin, Vienne, Budapest, Rome ....) Des discrets rideaux foncés masquant les vitres arrières évitent alors de transformer la 2cv en peep show ! Cette faculté de pouvoir dormir n'importe où impose de pouvoir garder tout le matériel dans la 2cv durant la nuit, tout en gardant le siège conducteur libre pour un éventuel départ précipité

. Après une brève traversée de la Slovénie nous voici en Croatie . Pas de problème à la frontière et nous découvrons une route côtière trés sinueuse et encombrée presque exclusivement de voitures allemandes.. Il semblerait que les allemands aprés avoir colonisés les côtes espagnoles aient jeté leur dévolu sur la Croatie. Munich n'est qu'a 400kms , le soleil est omniprésent, la mer est bleu, les plages sont vides, la vie n'est pas chère et l'euro règne en maître à tel point que nous paierons tous nos frais en Croatie en euros !
Lorsque l'on roule plusieurs centaines de kilomètres au volant d'une 2cv sur les routes sinueuses de Croatie où se côtoient petites voitures et grosses cylindrées allemandes, on se rend vite compte que quasiment toutes les infractions caractérisées au code de la route sont le fait des conducteurs de grosses cylindrèes . Lapalissade , peut être ? Un conducteur d'une voiture puissante qui roule à 120 km/h sur une nationale, se trouve gravement brimé, lorsque devant lui un véhicule roule à 90km/h . L'offense est d’autant plus importante s'il s'agit d'un véhicule aux performances modestes. . On peut assimiler cette façon de réagir en le comparant à la conduite d'une moto sur route. Avez vous vu, en roulant à 100km/h sur une nationale, une moto qui vous rattrape et qui ensuite reste bien sagement à vous suivre dans votre pare choc ? Peu probable. De par ses performances, la moto évolue sur route dans un contexte qui n'est pas celui du conducteur automobile moyen : "Je suis en moto, je rattrape une voiture, coup d'oeil en face, coup d'oeil au rétro, petit coup de gaz et hop je passe". Le conducteur de la grosse berline, agit de même : il double coùte que coùte confiant dans sa mécanique et dans le sentiment que d'avoir payé si cher sa voiture , lui donne le droit de ne pas s'encanailler avec cette populace qui se traîne à 90km/h sur les routes.
Nous arrivons à Split en fin de journée . La vieille ville est nichée autour du palais d'un empereur romain (le seul parait il quasiment intact) et après avoir eu beaucoup de problèmes pour dénicher un restaurant, nous trouvons dans le centre ville un terrain abandonné où nous glissons la 2cv pour la nuit. Au matin , nous découvrons que nous avons passé la nuit dans un terrain vague encore encombré d'un canon sur roue, d'un affùt de DCA pointé vers le ciel, et d'une mine marine abandonnée !!! (voir photo ) Petite escale a Dubrovnik qui mérite largement sa renommée : les traces de la guerre ont été effacées, et l'on se promène dans la cité en foulant un sol de calcaire blanc brillant comme la galerie des glaces. La frontière entre la Croatie et la Bosnie se passe sans encombre, et l'on note de suite l'absence quasi totale de voitures de touristes. Après avoir traversé Moktar et son pont qui sépare deux communautés , les panneaux de signalisation sont écrits en cyrillique. C'est joli mais par contre plus moyen de se retrouver sur une carte ! . Heureusement l’écran du GPS continue d'indiquer notre position .Quelques kilomètres plus loin les villages que nous traversons sont tous dominés par le minaret d’une mosquée flambante neuve. Quelques kilomètres plus loin, les villages que nous continuons à traverser sont dominés par un clocher flambant neuf. C’est ainsi au fil des kilomètres que l’on s'aperçoit de l'imbrication incroyable des communautés musulmanes, catholiques, et orthodoxes. Comme durant la guerre, la première des choses était de détruire le symbole de la communauté d'à coté, on comprends pourquoi les églises et les mosquées ont été reconstruites pareil à l'identique. Ces monuments neufs, tranchent d'ailleurs avec l'état général des maisons : pratiquement aucune maison n'a de crépi, mais systématiquement tous les toits détruits ont été reconstruits, y compris pour les maisons dont les habitants ont fui le pays. Cela explique le fait que presque 20% des maisons avec pourtant un toit neuf sont abandonnées et du fait qu'il n’y a pas de fenêtres sont envahies par des arbustes et des herbes sauvages. La circulation n'est pas trés dense et la vitesse limite dans la traversée des villages est scrupuleusement respectée. Et pour cause, de trés nombreuses voitures de police sont postées à l'entrée des villages. Le policier tient en main un pistolet radar laser, contrôle votre vitesse et vous arrête sur le champ pour dresser une contravention. Un modèle d’efficacité qui devrait inspirer notre ministre de la sécurité routière et surtout son homologue italien. Devinez quelle est la voiture française que l’on voit encore aujourd'hui le plus sur les routes bosniaques ? Et bien non, ce n'est pas la 2cv ( une seule rencontrée ) mais la 4L . Chemin faisant on se rend compte que la Bosnie n'était pas et n'est toujours pas un pays trés riche, pour preuve ces HLM où chaque occupant stocke sous le balcon le bois qui lui servira à se chauffer durant l'hiver. Moment d'émotion et de recueillement : au détour d'un virage sur un plateau désertique, une tombe fleurie surmontée d'un casque bleu : il s'agit de la tombe d'un jeune soldat anglais de l'Otan abattu par un sniper dissimulé dans les collines qui dominent le plateau. Un petit peu plus loin, dans une zone de forêt des banderoles rouges sur le bord de la route attirent notre attention" MINES " Brr..... Le pays et encore miné et la cueillette des champignons un sport à haut risque. Toujours peu de circulation, et des routes en bon état empruntées par des camions militaires de l'OTAN en train de réparer les ponts que les avions de l'Otan ont eu tant de mal à détruire!
Sarajevo. Ville dont on a beaucoup parlé, et l'entrée en ville vous laisse imaginer les combats qui se sont déroulés en ces lieux.
Immeuble en partie effondré, et hôtel international en ruine. La ville a retrouvé son calme et son souk ressemblant à celui d'Istanbul regorge de bijoux en or ! La Bosnie est un pays essentiellement rural,et les fêtes locales ont un air des fêtes de nos campagnes, il y a 50 ans. Musique, chanteurs, pousse-pousse, et gargantuesques méchouis de moutons et de cochons de lait .
Il faut maintenant attaquer la route de retour vers Toulouse via la Suisse . Au passage notre vaillante 2cv va en découdre dans les Dolomites avec plusieurs cols à 2500 m sans connaître la moindre défaillance. Mais les somptueux paysages valent ce petit effort. Une dernière nuit dans le versant suisse du col St Bernard. Une aire de repos prés du col est un endroit rêvé pour passer la nuit : Sanitaires et eau fraîche à volonté. Nous avons prévu au repas du soir de composer une omelette avec quelques morilles récoltées dans les Dolomites . Hélas, nous sommes rapidement noyés dans le brouillard, mais pas question de renoncer à notre omelette. Une fois de plus notre vaillante 2cv va faire la preuve de sa polyvalence inégalée : en quelques secondes les sièges avants sont enlevés libérant ainsi un espace fort appréciable où nous pourrons bien au chaud, cuisiner et déguster une mémorable omelette.
La fin du voyage approche. Une nuit à Genève et nous entreprenons la dernière étape qui par, Lyon, St Etienne, Le Puy, Rodez, Albi, et au terme de 5200kms nous raménera à Toulouse .

H. Lenguin